Les stratégies d’interprétation réfléchie en Langue des Signes Française

Por Leïla Boutora,

París, 2002.

Sección: Tesis, tesis de maestría y especialización.

Introduction:
Cette recherche part d’un constat fait lors d’un cours de Langue des Signes Française (LSF) assuré par Jimmy Leix, que nous avons suivi dans le cadre de la Licence Sciences du Langage spécialisation LSF à l’Université Paris VIII. Nous avons pu observer que notre professeur, locuteur natif de la LSF, réalisait assez régulièrement les ‘verbes réfléchis’ sur son corps ou très près de son corps.
Ce thème n’a pas fait l’objet d’une étude particulière dans le cours. En revanche, nous avons abordé la notion de pronoms réflexifs qui étaient présentés comme l’équivalent des pronoms français moi-même, toi-même, lui-même…, ces pronoms n’étant pas indispensables à l’expression de la réflexivité. Il apparaissait donc qu’en LSF, il existait des ‘pronoms forts intensifieurs’, mais pas de ‘pronoms réfléchis’. Or, la LSF permet bien d’exprimer la réflexivité. Par quels moyens ?
Après nos observations succinctes, nous avons d’abord posé l’hypothèse que l’expression de la réflexivité en LSF était en rapport direct avec le corps du locuteur, sans plus de précisions. Sachant que le corps est un emplacement possible dans l’éventail des paramètres composant le signe gestuel, il était assez naturel d‘effectuer un rapprochement entre la forme que prenaient les verbes réfléchis observés dans ce cours de LSF et le paramètre d’emplacement du signe sur le corps du locuteur qui semblait alors avoir une valeur ‘réfléchie’. En d’autres termes, ce paramètre d’emplacement pouvait-il être un morphème de réflexivité ?
La forme de notre corpus reflète la démarche que nous avions adoptée au début de ce travail. Nous sommes partie du fait que la forme pronominale en français, nommée à tort ‘pronom réfléchi’, recouvre plusieurs valeurs autres que réfléchie (réciproque, passive, générique…).

De même en LSF, le paramètre emplacement = corps ne se réduit pas à l’expression potentielle de la réflexivité, mais peut être associé à d’autres valeurs. Il nous paraissait donc intéressant de regarder si l’on pouvait définir une classe de prédicats qui se trouvaient à l’intersection de ces deux formes, ces prédicats étant alors définis comme de ‘vrais réfléchis’ en (1), c’est-à-dire pouvant être interprétés comme ayant deux arguments coréférents, à l’exclusion des autres prédicats.
(1) Mariez sez lave

Or, en français, les supports de l’interprétation réfléchie ne se limitent pas à la voix pronominale. On la trouve aussi sous la forme du pronom ‘lui’ dans les prédicats à argument prépositionnel comme en (2) :

(2) Jeanz est fier de luiy/z

Cet énoncé permet une lecture réfléchie où lui est coréférent de Jean, et une lecture DR (disjonction référentielle) où lui est disjoint de Jean. Dans un deuxième temps, nous avons donc étudié la production de ce type d’énoncés en LSF.
En outre, si l’interprétation réfléchie peut être associée à différentes formes en français, qu’en est-il en LSF ? N’y a-t-il pas d’autres moyens que celui que nous avons relevé, et celui-ci a-t-il été correctement caractérisé ?
Après avoir exploité notre corpus nous avons constaté que :

  • énoncés à lecture réfléchie ne sont pas systématiquement caractérisés par un lien direct avec la zone 1, le corps du locuteur, les pointages en zone 3 étant aussi sollicités;
  • nous avons relevé la production de Transferts de Personne ;
  • le locuteur utilise donc le jeu des pointages de la même manière que 
pour exprimer les relations actancielles non coréférentes ;
  • cependant, cette étude met en relief une différence essentielle entre langue signée et langue orale : le canal.

En effet, le thème de la réflexivité nous rappelle à quel point l’ambiguïté, qui permet souvent de jouer avec la langue, est présente dans la structure argumentale des langues orales. Au contraire, le canal visuel-gestuel des langues signées offre une utilisation pertinente de l’espace qui permet de poser des référents par un système de pointages simple et élaboré à la fois. Ceci n’empêche nullement les jeux sur la langue, en particulier grâce aux Transferts de Personne.
Finalement, notre but a été de tenter de déterminer quelles étaient les stratégies mises en œuvre en LSF dans l’interprétation réfléchie de deux arguments d’un prédicat.
Dans un premier chapitre, nous présenterons donc la LSF afin de mieux comprendre le fonctionnement de la structure syntaxique d’une langue signée et les spécificités associées au canal visuel-gestuel, en particulier les Transferts de personne.
Nous tenterons dans une deuxième partie de cerner la notion de réflexivité dans les langues orales. Nous verrons que les langues mettent en œuvre des stratégies diverses qui ne sont pas spécialisées dans l’interprétation réfléchie.
Puis après avoir présenté nos informateurs et les conditions de recueil du corpus, nous décrirons la transcription que nous avons adoptée pour transcrire le corpus.
Enfin, notre analyse des données nous montrera que la LSF ne possède pas de stratégies propres à l’interprétation réfléchie, mais que le locuteur met en œuvre des structures présentes dans la langue pour d’autres usages.

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Mémoire de maîtrise des Sciences du Langage 
presentada ante la Université de Paris VIII, París, Francia.

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